Et si on ne guérissait jamais ?
La pénurie d'idées et l'angoisse de la page blanche que j'ai connu la semaine dernière contrastent furieusement avec la frénésie d'écriture qui me tiraille depuis que le bouchon a sauté... Après avoir tout gardé, j'ai besoin de tout balancer.Deux conversations m'ont marqué aujourd'hui, l'une avec amie de longue date, de nouveau gravement malade, qui ne supporte plus personne et plus rien et à qui je ne sais plus quoi dire pour la réconforter parce que je me sens fragile et inutile, et l'autre avec quelqu'un que je respecte beaucoup et qui j'espère ne m'en voudra pas de coucher sur la toile ce que sa clairvoyance, sa spontanéité et sa gentillesse, m'ont permis d'entrevoir.
Déjà j'ai envie de présenter mes excuses au monde entier... Là, tout de suite. Parce que j'ai pris conscience combien notre passé est présent dans notre comportement de tous les jours, combien on a pas le droit de demander à autrui de combler un manque qu'il est humainement impossible de panser, combien autrui peut se sentir impuissant et se remettre lui même en question à cause de ça... et parce que sans le vouloir j'ai sans doute parfois exagéré ma peine au point de faire souffrir d'autres personnes qui ne le méritaient pas.
Oui, j'ai galéré pour en arriver là et ce n'est surement pas terminé. Et parfois quand je vois que certains sont nés avec de l'or en barre dans les mains, je ne comprends pas comment ils peuvent se plaindre. Je ne me pardonne rien, je suis dure avec moi-même, tous les jours. Ce que je n'avais pas mesuré, c'est l'impact éventuel de cette exigence sur certaines personnes de mon entourage. Je ne pensais pas que l'autre pouvait penser qu'il ne serait jamais à la hauteur, alors qu'au fond il est quelqu'un d'aussi talentueux que vous, que vous n'en avez jamais douté, sans avoir réalisé que par vos paroles et par vos actes, vous lui faisiez sentir tout l'inverse. Je ne croyais pas que c'était possible, mais je me dis que Brice a eu finalement sans doute bien raison de me laisser choire pour une autre, que TheMan a bien fait lorsqu'il a décidé de faire un enfant à sa nouvelle conquête, que j'ai envie d'être tout simplement contente pour lui et que j'ai même un nouveau respect pour Appollon, même si je ne peux pas m'empêcher de me dire que question affectif, il est sans doute plus atteint que moi (oui, faut pas pousser non plus, : j'avance, je ne recule pas...!!)
J'ai vu des tas d'écorchés vifs passer à côté de leur vie (mon ex boss pour commencer...), j'ai peut être eu de la chance finalement. Je n'ai pas d'enfant parce que je ne me suis jamais sentie capable d'en avoir, c'était peut être mieux pour eux et pour moi : mon créno, ne pas prendre les responsabilités qu'on est pas prêt à assumer... C'était peut être sage... Oui c'est dur d'avoir renoncé à ça pour l'instant, mais au moins, il n'y a que moi qui en souffre. Je ne veux pas transmettre cette horreur... Et puis, peut être que je m'en rends compte à temps...
Alors, il faut que j'arrête d'en vouloir au monde entier, il faut que j'accepte d'avoir dû subir tout ça sans raison, il faut que je me pardonne à moi-même de ne pas être une superwoman qui pourrait rendre le monde meilleur rien qu'en le voulant et en se sacrifiant et qui aurait pu mieux dire, ou mieux faire, il faut que je réaprenne à vivre en aimant et pas en me punissant pour quelque chose qui me dépasse...
Je dois me faire à l'idée que je ne guérirais sans doute jamais, je dois l'assumer et m'aimer quand même.
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