La vie est un long fleuve tranquille...

Publié le par Strange witch



Du froid et du chaud...

Peu importe dans quel ordre, quel désordre !

Il faut être solide pour faire ce boulot qu'ils disaient...

Aujourd'hui, je vous mets dans l'mille, je viens de voir un type, à qui, pas le choix, je me devais d'annoncer dans l'urgence une très mauvaise nouvelle, se précipiter vers la porte des toilettes, pour dégueuler toutes ses tripes.

Non, ça c'est ce que j'ai cru, c'est ce que j'aurais peut être fait dans sa situation...

Lui a trouvé mieux...

Il a décidé que peut être tout pourrait finir là, à cet instant, devant tout l'monde, pour envoyer chier ce monde pourri dans lequel il n'a cessé de se complaire et de s'enfoncer.

Il a tapé fort le bougre... Le sommet de son crâne... A trois reprises sur cette putain de porte, avant qu'on ne puisse intervenir.

Il a saigné abondamment, sur le sol, dans ce lieu misérable où on venait de lui annoncer cette putain de mauvaise nouvelle.

Il a voulu prendre le monde à témoins, rendre ceux qui voulaient l'aider responsable de ses erreurs, à moins qu'il n'ait pensé gagner du temps...

Il a mobilisé une dizaine de personne autour de lui, avant de leur envoyer son mal être dans la gueule. Ils ont fait 120 km pour s'occuper de lui ? Peu importe ! Ils sont prêts à tout faire pour qu'il aille mieux ? Peu importe ! Il n'y a que lui qui compte. Lui et ses putains d'actes qu'il ne peut pas assumer.

Aurais je dû deviner que les choses pouvaient déraper ? Comment ? Il avait des moments d'absence quand je lui parlais, mais je ne suis pas médecin, je venais de le rencontrer, on m'avait dressé un topo peu flatteur, mais pas dit qu'il pouvait décompenser complètement... Et puis il fallait le prévenir de ce qui risquait d'arriver, sinon pas d'issue possible, pas de préparation possible et une encore plus grosse catastrophe en vue pour lui...

Putain de système.

Si seulement on m'avait prévenu avant qu'il était fragile, peut être que j'aurais abordé le problème autrement... Deux jours avant, il avait tenté de se défénestrer dans le bureau du Sorcier de la Rue d'en face, un peu tard pour me le dire non ?

Putain de boulot à la con.

Putain d'urgences.

Putain de conditions de travail.


Et ce gamin... Dont j'ai failli virer le connard de père de mon bureau vous vous souvenez ?

Cet énergumène obsessionnel que rien ne pouvait arrêter et qui a tellement pris la tête à tout l'monde qu'il a rendu son propre fils complètement dingue !

Ce gamin.... et sa mère, une semaine plus tard...

Cette mère, qui me suit et qui a une attitude bizarre... Qui veut visiblement me dire quelque chose hors la présence de son mari...

Elle est très inquiète... Il faut qu'elle me parle... Son fils a tenté de se suicider il y a deux jours...

Alors que fait on ? Oui, que fait on ?

Heureusement, ce jour là je bosse avec une sorcière que j'estime beaucoup. J'ai confiance, je sais que je peux l'avertir sans me prendre un retour de bâton dans la figure...

Elle m'a pas lâché. Elle a adapté le dossier, pris un ton calme que je ne lui connaissais pas, écouté ce que j'avais à dire.

Travailler ensemble, avancer.
En apparence nos intérêts sont contraires, mais au bout du compte, on poursuit le même but.

Le gamin est visiblement soulagé, rassuré. Cette fois, tout s'est passé comme je l'avais prévu. Tout l'monde y a mis du sien, cette fois...

Quelques minutes auparavant, je les avais tous fait asseoir ces stressés du bocal, en rang d'ognion, sur le banc... Et je leur ai demandé de respirer, souffler, respirer, souffler... (Si une petite souris était passée par là, elle se serait dit que cette fois Strange witch avait pété les plombs pour de bon... ou qu'elle n'avait pas fait que de la figuration au cours de sophrologie...)

Et quand tout était terminé, c'est sorti. J'ai dit au père ce que je pensais de lui... Je lui ai di qu'il fallait qu'il arrête de transmettre son stress à son gosse, qu'il allait le rendre fou...

Cet énergumène tellement réfractaire à mon encontre une semaine plus tôt, approuvait désormais chaque mot qui sortait de ma bouche, à court d'argument devant l'évidence : vous aviez raison... depuis le départ vous aviez raison, tout s'est passé comme vous l'avez dit dans le monde des sorciers, on veut que vous continuiez à suivre notre fils...

On a rien sans rien. Mais ce n'est que le sommet de l'iceberg. On a franchi une montagne, mais de quoi sera fait demain ? Nul ne le sait.

Voilà, ce dont il fallait que je parle depuis plusieurs jours, ce qui pesait sur mes frêles épaules.

Je n'étais pas prête à vivre ça. J'ai pris ces évènements comme un coup de fouet dans la figure. Depuis, j'ai du boulot par dessus la tête et un mal de crâne qui ne me quitte plus...

Peut être que cette fois, j'aurais vraiment mérité mes vacances...
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Publié dans Pré-au-Lard

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